Pratique orthophonique

Qu’est-ce que la communication non violente (CNV) ?

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Vous en avez peut-être déjà entendu parler et le terme vous aura intrigué. Pour ma part, j’ai découvert ce terme il y a quelques années en navigant au travers des groupes de discussions orthophoniques et de coaching mais aussi en pédagogie.

Amusée, j’imaginais déjà l’expert en communication non violente ressemblant à un sage zen impassible, au centre d’une scène de ménage déclamant des paroles comme des mantras ou des formules magiques à l’effet apaisant immédiat !

Je me doutais que je me fourvoyais quand même un peu… j’ai donc décidé de m’y pencher. Il s’est avéré que je suis alors devenue l’apprenante d’un concept et d’une pratique dont j’ai pu mesurer les bénéfices directs sur ma vie professionnelle et privée. Cela méritait bien un article !

Comment est née la communication non violente ?

La communication non violente est un processus pragmatique élaboré par Marshall E. Rosenberg (1934-2015), psychologue clinicien américain. Il intervenait également en tant que médiateur au sein de conflits. Il a fondé le Centre pour la Communication Non Violente et est l’auteur de nombreux ouvrages.

Il est né à Détroit, dans le Michigan, et il a fait l’expérience dans son enfance de tensions raciales, puis de règlements de comptes motivés par l’antisémitisme de certains de ses camarades d’école. Il n’eut de cesse après cela de trouver une réponse à deux questions fondamentales :

‘Si nous, êtres humains, aimons tant contribuer au bien-être les uns des autres, pourquoi certains parmi nous génèrent-ils tant de violence et de souffrance dans leurs interactions, même dans leurs liens avec ceux qu’ils aiment?  Et, inversement … ‘

‘Comment se fait-il que certaines personnes parviennent à rester constructives et aimantes, même dans des circonstances horribles et violentes?’ (source cnvformations.fr)

C’est à partir des réponses qu’il développa la Communication Non Violente.

Selon Charles Rojzman, auteur de la préface de l’ouvrage « Les mots sont des fenêtres » de Marshall E. Rosenberg :

« Il ne s’agit pas d’apprendre à utiliser des procédés qui permettraient la manipulation de l’autre. Il s’agit du langage qui traduit nos convictions profondes d’individu. A l’opposé, le langage qui juge est le résultat d’un conditionnement, il n’est pas naturel. (…) ce langage est à la fois celui de la domination et celui de la soumission. Ce n’est pas le langage de la liberté et de l’égalité.« 

En résumé, au lieu d’apprendre des techniques de communication, il s’agit plutôt de déconstruire nos propres conditionnements, d’utiliser les termes qui reflètent le mieux notre pensée et nous situer dans l’échange et la bienveillance avec l’interlocuteur. Plus qu’un langage, elle devient au fil du temps une façon d’être.

En cela, la CNV demande de la pratique et de l’entraînement. Lors d’un échange donné, il faut s’entraîner à porter à attention en premier lieu à ce qui se joue intérieurement pour nous ainsi que pour l’autre (ex: sentir un agacement monter et se demander quel besoin il recouvre) . C’est un cheminement pas à pas mais dont les premiers effets positifs peuvent rapidement se faire sentir dans les échanges.

Attention, il n’est nul question ici de bienveillance forcée ou de culpabilisation. Le moteur, l’origine de tout le processus est bien l’intention d’échanger avec l’autre. La technique quant à elle se peaufinera à l’usage et le processus deviendra peu à peu de plus en plus naturel.

Pratiquer le processus de la CNV

Pour comprendre la CNV dans son ensemble et en saisir les nuances, je vous conseille vivement de vous pencher sur les ouvrages s’y référant ou effectuer des stages (vous trouverez des références en fin d’article). Cependant, pour vous donner une idée, voici le processus dans ses grandes lignes (à gauche, celui qui s’exprime et à droite celui qui écoute) :

Il existe donc 4 principaux éléments à prendre en compte :

  • L’observation d’une situation, en se basant sur des faits et non sur des interprétations ;
  • Les sentiments que cette situation éveille en nous, en prenant soin de les différencier des évaluations masquées ;
  • Les besoins qui sont derrières ces sentiments : ceux-ci sont universels, ce qui nous permet de nous relier aux besoins des autres ;
  • La demande que nous pourrions nous faire ou faire à l’autre (aux autres) pour satisfaire nos besoins. (source : https://concertience.fr/)

Besoin d’exemples ?

Voici une vidéo très claire illustrant la CNV appliquée avec les enfants :

Une autre vidéo qui vulgarise avec humour les principes de la CNV réalisée par Vincent Verzat :

Pour en savoir plus, vous pouvez aussi écouter ce podcast où Françoise Keller, formatrice certifiée du CNVC en Communication Non Violente, explique les bienfaits de la CNV : https://www.cnvformations.fr/bienfaits-de-la-cnv/

Appliquer la CNV en orthophonie

Dans la mesure où l’objectif de la CNV est d’améliorer la relation avec l’autre et de développer l’écoute emphatique, ses applications en orthophonie peuvent être très larges !

La piste qui me vient en premier lieu et où j’ai constaté les bienfaits les plus immédiats est que la CNV peut renforcer partenariat parental. En effet, la CNV permet de faire passer efficacement un message aux parents, aux aidants, de savoir le formuler pour être entendu, qu’il s’agisse d’un message de prévention, d’information, par exemple de l’intérêt de l’arrêt de la tétine, d’une respiration nasale exclusive, d’aller consulter un autre professionnel…Ou même de l’annonce d’un diagnostic, de la restitution d’un compte-rendu de bilan, d’une séance faite en présence du parent…les situations sont infinies.

Ce qui m’a mise à l’aise : je n’ai pas l’impression de devoir convaincre comme un commerçant qui vendrait un produit. J’ai davantage la sensation d’aller à l’essentiel en épurant mon langage tout en restant sincère.

A l’inverse, la CNV améliore aussi la qualité de l’écoute que nous pouvons prodiguer au patient, enfant comme adulte. Exit la verticalité, le soignant tout puissant, et le soigné passif. Chacun peut exprimer ses besoins et demandes. L’écoute mutuelle s’en trouve améliorée.

La CNV peut s’inscrire logiquement dans l’Evidence Based Practice (EBP) puisque nous mettons le patient en situation d’exprimer ses besoins concrets et fonctionnels et nous pouvons alors ainsi ajuster au mieux des objectifs précis et écologiques de prises en soins.

Conclusion

Etudier la CNV m’a permis de davantage prendre conscience de mes conditionnements langagiers ancrés depuis des années. Car même si nous pensons parfois bien faire et être bienveillants, nos propos peuvent induire un jugement et être perçus comme tels.

Elle m’apprend aussi, en clarifiant mes sentiments, mes besoins et mes demandes à me préserver dans la relation thérapeutique et à atténuer la sensation d’épuisement professionnel.

Françoise Keller la définit ainsi :

« La CNV, mise au point par Marshall E. Rosenberg, est une méthode puissante, étonnamment simple et accessible, pourtant délicate à pratiquer. Elle permet d’être plus heureux, de construire des relations humaines enrichissantes, de développer la coopération, de sortir de situations difficiles ou conflictuelles. Elle nous donne l’espoir de sortir de la violence, des conflits, des non-dits, des blocages et des tensions relationnelles. Elle ouvre un chemin pour, enfin, nous faire entendre et nous rendre capables d’accueillir l’autre dans ce qu’il nous dit de choquant et de si difficile à entendre.« 

Merci de m’avoir lue !

Des sources et ressources pour aller plus loin :

Le site de Françoise Keller avec beaucoup de ressources et des stages :

https://concertience.fr/

Des livres pour enfants sur la CNV ici :

Grigri, C. (2021, 21 octobre). C’est pas juste ! AFFCNV – Communication NonViolente : Association des formateurs et formatrices en CNV. https://www.cnvformations.fr/cest-pas-juste/

Pellissier, C., Aladjidi, V., & Lam, K. (2020). Halte à la bagarre ! (La Communication pacifiste) (French Edition). CASTERMAN.

Le site de l’association des formateurs et formatrices en CNV :

Ikada, S. (2020, 9 juillet). Résultats de recherches des formations et stages en Communication NonViolente. AFFCNV – Communication NonViolente : Association des formateurs et formatrices en CNV. https://www.cnvformations.fr/resultats-sf/?custom_id=3036&_sft_tribe_events_cat=cnv-coaching-accompagnement

Quelques ouvrages :

Keller, F., & du Pin, L. A. T. D. (2016). Pratiquer la Communication NonViolente – 2e éd. : Passeport pour un monde où l’on ose se parler en sachant comment le dire (Epanouissement) (French Edition). INTEREDITIONS.

Rosenberg, M. B. (2017). Dénouer les conflits par la communication non violente. JOUVENCE.

Rosenberg, M., & Decouverte, L. (2016). Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) (French Edition). French and European Publications Inc.

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